Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Jeu 23 Fév - 15:46
Bibichon, de toute évidence tu connais bien mieux et de manière plus directe que moi ce 'milieu'. Reste que je trouve que le sous-entendu par amalgame de Dauvé comme flic me parait comme ça un peu léger et infamant. Faut-il vraiment rappeler qu'on ne choisit pas ses parents (bien qu’évidemment cela a des incidences importantes sur notre vie) ? Et de mon expérience, les deux infiltrés que j'ai vu démasqués, cherchaient à ne pas se distinguer par des positions 'originales', mais bien au contraire était plutôt d'accord avec tout le monde pour faire ami-ami ; étaient bien plus porter à l'action qu'à la théorie ; et étaient membres d'orga, ce qui avait un effet légitimant pour eux dans le milieu. Enfin bref, comme ça, Dauvé ne me semble pas avoir le profil d'un infiltré. Alors soit tu as des éléments concrets plus solides, soit c'est assez malsain de faire ces sous-entendus. Et c'est dommage de faire dévier la discussion là-dessus parce que je trouve que tes deux posts précédents présentent des critiques extrêmement intéressantes.
Et les thèmes de l'impasse du déterminisme, de la reproduction d'une structure bureaucratique informel (et d'autant plus implacable dans ses formes de domination qu'elle est là invisibilisée), et les limites et mythes du spontanéisme (même si ce terme est souvent utilisé pour stigmatiser différentes choses, et que cela mériterait pas mal d'éclaircissements - notamment distinguer entre l'incantation à la spontanéité quasi magique et la restructuration des formes de luttes rompant avec les anciennes (en lien avec les restructurations du mode de prod... j'veux dire par là que parfois l'insulte de spontanéisme est utilisé pour contrecarrer des formes autonomes de luttes d'émerger...)) méritent prolongements.
Mais un prolongement qui cherche une sortie par le haut, par un dépassement des impasses de ce courant critique. Et non pas par en-dessous, en se reconformant aux vieilles formes d'encadrement du militantisme, qui loin d'être stériles ont démontré qu'elles étaient les avant-gardes du capitalisme par leur capacité à stériliser les révoltes, recadrer les contestations, et intégrer les éléments critiques au mode d'exploitation (l'autogestion intégrée par le new management, et dans le recyclage de la force de travail abîmée (physiquement, socialement, ou psychiquement) dans le statut de l'auto-entrepreneur... p.ex.).
En ceci j'ai une considération différente de la tienne sur le texte de Dauvé. Je partage tes critiques sur les 'fadaises' à propos de la transition, des limites et des non-dits du texte, mais le noyau critique de celui-ci sur le rôle d'intégration des médiations politiques (et donc de désintégration de l'antagonisme radical) me parait éclairant en critiquant les éléments de la période précédant celle que nous vivons, qui en a accouché. A mon sens, la valeur historique du texte n'est pas simplement un objet d'érudition, c'est une information sur la manière dont s'est articulée la restructuration du mode d'exploitation.
Mais là, le point de divergence entre nous me semble être la 'vision' du moment actuel. Factuellement, tu as raison de signaler la mort clinique des stals et la désertification des syndicats. Pour autant il me parait difficile d'en conclure à la disparition des médiations politiques. Celles-ci se sont restructurées en lobby citoyens, associations altermondialo et autres 'screugneugneus' (pour parler comme Constance). Des vrais nids de stals et autres gauchistes manipulateurs recyclés en militants durables et citoyens.
La critique de la racine de cette production d'une 'contestation' digérée et conforme me parait encore plus nécessaire aujourd'hui en raison même que les apparences peuvent faire croire qu'elles sont autres choses que les merdes staliniennes précédentes. Et cette restructuration de l'opposition formelle au sein du système capitaliste ne met pas les syndicats de côté, elle tente au contraire généralement de leur donner une 'seconde' jeunesse en les intégrant (même s'il y a des luttes d'influences, et des contradiction entre groupes et secteurs, au sein même de cette quasi-institution qu'est la contestation formatée...).
Et là, sur le fond, il me semble qu'il y a une faiblesse dans ton analyse. La critique des syndicats (alors peut-être de manière plus claire chez Pannekoek que dans ce texte de Dauvé) a pour argument principal, non pas (comme le crois la Sulf') une essence, mais la dynamique de l'institutionnalisation. Tous les syndicats naissent comme expressions réelles de révolte. Mais comme pour tout groupe institutionnalisé, cet élément originel se mue en moyen, en prétexte, pour l'accroissement de puissance de l'institution elle-même. Et cette transformation (dans le temps donc) est aussi le déploiement d'une praxis militante qui de révolutionnaire passe à force d'encadrement.
Et à mon sens, le mérite d'un tel texte est de remettre sur la table cette critique incontournable si on cherche sincèrement à renverser le monde de l'exploitation. En faire l'économie, c'est se condamner à travailler au mieux au maintien du système, et bien souvent même à son renforcement.
...
PS. La Sulf', je te rassure, je pète le feu ! (j'te dis pas, j'ai passer 4hrs non stop sur communisationporn.com, wahou le pied k'j'ai pris. )
la taupe
Messages: 404 Date d'inscription: 20/07/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Jeu 23 Fév - 15:59
bibichon a écrit:
On ne peut que les saluer d'avoir proné l'abstention pendant la Révolution espagnole. On imagine assez bien le sort que leur aurait réservé les éboueurs ou les chauffeurs de trams de la Barcelone révolutionnaire en plein été 36.
Tu veux dire les éboueurs et chauffeurs de trams qui se sont fait tirer dans le dos par les stals à qui ils avaient remis leurs armes sur l'ordre de ceux qu'ils avaient élu ?!?
Mouais, pas convaincu que le refus de la collaboration ait été une si mauvaise idée que ça...
ps. c'est pour faire un post-troll quand même
bibichon
Messages: 17 Date d'inscription: 08/10/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Jeu 23 Fév - 16:46
la taupe a écrit:
bibichon a écrit:
On ne peut que les saluer d'avoir proné l'abstention pendant la Révolution espagnole. On imagine assez bien le sort que leur aurait réservé les éboueurs ou les chauffeurs de trams de la Barcelone révolutionnaire en plein été 36.
Tu veux dire les éboueurs et chauffeurs de trams qui se sont fait tirer dans le dos par les stals à qui ils avaient remis leurs armes sur l'ordre de ceux qu'ils avaient élu ?!?
Mouais, pas convaincu que le refus de la collaboration ait été une si mauvaise idée que ça...
ps. c'est pour faire un post-troll quand même
Pronez l'abstention pendant une période révolutionnaire (été 36 et non mai 37) ne revele qu'une chose : l'incapacité a faire partie de l'Histoire révolutionnaire qu'on prétend évaluer. D'ailleurs, cette position est en fait tres proche de celle de Trotsky qui (quoi qu'on dise) a eu la meme attitude en condamnant le syndicalisme par principe et exigeait a Andres Nin et au POUM que tous les militants quittent la CNT. Nin répondit avec justesse que rien n'est plus antimarxiste que d'appliquer des principes invariants sans lien avec le contexte historique et sa singularité.
Par ailleurs, les premiers a avoir tiré dans le dos des révolutionnaires des journées de mai 37 sont les cénétistes qui ont soutenu cette répression approuvrée par toute la direction nationale de la CNT. L'orga insurrectionniste les amis de Durruti a fini par etre lachée, leur appartenance a la CNT leur ayant été retirée et lleur sort livré aux prisons staliniennes. Par la suite la CNT s'est enfoncée plus encore en acceptant de participer au 2e gouvernement de Front populaire validant ainsi l'arrestation de Andres Nin et l'accusation selon laquelle le POUM était une organisation secretement hitlerienne.
Ceux qui regardait en attendant que ça se passe, je veux parler des beaux-parleurs de la revue Bilan ne valaient pas mieux. En effet, gloser sur l'imperfection de la situation et proner sa propre abstention revient a participer objectivement a la repression. D'ailleurs, il n'ont rien eu à craindre du franquisme par la suite.
Il est toujours épatant d'entendre des gens dire que la situation est bien imparfaite et les voir rester a ne rien faire pour apporter cette de touche de perfection dont leur discours est pourtant rempli (mais c'est en fait tres normal dès lors que l'on croit a la magie des déterminismes historiques et au role des mains invisibles).
Mais ceci illustre bien une chose : ce mouvement est voué a ne rien faire mais a passer son temps à le dire.
bibichon
Messages: 17 Date d'inscription: 08/10/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Jeu 23 Fév - 17:08
la taupe a écrit:
Bibichon, de toute évidence tu connais bien mieux et de manière plus directe que moi ce 'milieu'. Reste que je trouve que le sous-entendu par amalgame de Dauvé comme flic me parait comme ça un peu léger et infamant. Faut-il vraiment rappeler qu'on ne choisit pas ses parents (bien qu’évidemment cela a des incidences importantes sur notre vie) ?
Ce gars est entré dans le mouvement révolutionnaire du haut de ses 18 ans, fils de grand flic des RG , il devait au moins a ses camarades un certain retrait... car mieux vaut boire le coup au bistrot avec un bleu par faiblesse que de vivre avec lui en bon fils et revenir le soir a la maison apres avoir passé sa journée avec des militants révolutionnaires.
Mais sans doute convaincu de la possession d'une puissance immanente, il s'est mis a gloser sans désemparer sur ce devait etre le mouvement ouvrier et l'engagement de chaque prolétaire.
Loin de moi l'idée qu'il pu etre un infiltré pour des raisons professionnelles, il suffit de savoir qu'il était bien un infiltré sur le plan social. Un de ces jeunes en mal de distinction et en crise d'appartenance à leur classe et leur milieu qui se posent en avant garde pour critiquer toutes les avant-garde du monde... sauf celle qu'ils constituent.
Mes sarcasmes n'ont par ailleurs rien d'infamant vis a vis d'un gus qui à passé une partie de sa vie a cracher sur les victimes des camps, qu'elles fussent des camarades ou des victimes raciales. Nous ne savons pas qu'ils s'emcombrent de beaucoup d'obligations a réparer les dégats qu'il reconnait timidement avoir commis dans sa phase d'élucubrations négationnistes.
Ce qui est remarquable chez des lecteurs comme toi, c'est de ne pas vouloir voir que la méthode qui guida ce rigolo de la théorie pour discuter du mouvement ouvrier est exactement celle qui le conduisi a assener que les chambres a gaz ne pouvaient pas exister, ceci par déterminisme historique.
Tout révolutionnaire ne peut que regretter qu'un individu de son talent ne se soit pas mis dans les pas de son pere. A defaut d'un pondeur de prévisions du passé, le mouvement revolutionnaire aurait gagné a être surveillé par un policier aux théories fumeuses. Sans doute conscient de manque prise sur la réalité concrete, il aura préféré écrire pour un public tout acquis à la fumée de la dialectique abstentionniste.
bibichon
Messages: 17 Date d'inscription: 08/10/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Jeu 23 Fév - 17:27
la taupe a écrit:
Bibichon, de toute évidence tu connais bien mieux et de manière plus directe que moi ce 'milieu'. (...)Et à mon sens, le mérite d'un tel texte est de remettre sur la table cette critique incontournable si on cherche sincèrement à renverser le monde de l'exploitation. ...
Toute théorie révolutionnaire se mesure à sa capacité a produire des militants pour la porter et la mutualiser auprès des concernés.
En effet, j'ai eu "quelques contacts directs " avec ce milieu. Pour l'essentiel composée de profesions liberales et de bourgeois divers, cette avant garde n'a jamais eu la moindre intention vis a vis de ceux dont elle avait tout compris. Son excursion négationnsite, loin d'être un accident de parcours constituait encore un moyen de cultiver la disctinction et la crise d'appartenance. Jouant les poetes maudits d'un milieux, elle nourissait sans cesse la concurence avec le scenacle de la culture officielle dont la proximité se nourrissait de la répulsion qu'elle développait.
Tu me parles de renversement de ce monde d'exploitation, j'aimerai bien savoir avec qui ? Avec cette bande?...
En quoi leur médiation avec la révélation sur les vérité dernieres de l'ultra gauche qui nous veut du bien et dont ils sont porteurs seraient plus a craindre que celle d'un sincere reformard décomposé de la CGT ?
la taupe
Messages: 404 Date d'inscription: 20/07/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Jeu 23 Fév - 20:24
bibichon a écrit:
Toute théorie révolutionnaire se mesure à sa capacité a produire des militants pour la porter et la mutualiser auprès des concernés.
non. Une théorie révolutionnaire se mesure à sa capacité à produire une révolution. I.e. un processus généralisé où les exploités se transforment en un sujet révolutionnaire. On s'en contrefout de produire des militants et des orgas qui n'ont objectivement pas intérêt à un changement radical de l'ordre social, puisqu'il signifierait leur disparition en tant que telles.
Ce que tu dis sur Dauvé 'infiltré social' me parait plus que valable (et du coup j'suis content de t'avoir relancer sur le sujet, parce que je n'avais pas compris les choses et ta position comme ça dans un premier temps). Je garde un peu de prudence parce que je ne connais pas du tout, de manière 'directe', ce qu'il en a été concrètement.
bibichon a écrit:
Tu me parles de renversement de ce monde d'exploitation, j'aimerai bien savoir avec qui ? Avec cette bande?...
De manière un peu facile, j'ai envie de te répondre avec tous ceux qui reconnaitront la nécessité de ce renversement et agiront en conséquence. J'aimerais bien le conjuguer au présent, mais j'ai l'impression que ce serait un peu à coté de la plaque par rapport à la situation sociale (ceci étant très difficile à juger, et j'ai pour ma part pas plus que des impressions...). La question prise plus sérieusement de quels groupes sociaux sont dans cette période susceptibles de se muter en sujet révolutionnaire me dépasse un peu. Je n'ai pas les outils et les infos suffisantes pour déterminer une réponse. Même si je reste convaincu de l'analyse de la centralité du travail dans le fonctionnement du capitalisme, ce qui oriente tout même le champ d'une réflexion sur le sujet.
Pour ce qui est de 'cette bande', je ne les connais que par lectures. Et du coup, la question de savoir si je pourrais faire qql ch de manière pratique avec eux ne se pose pas de manière concrète pour moi. Mon rapport se limite à leur production papier et donc dans quelle mesure je peux y piquer des idées, analyses ou autres trucs pour informer les pratiques auxquelles je suis lié.
bibichon a écrit:
En quoi leur médiation avec la révélation sur les vérité dernieres de l'ultra gauche qui nous veut du bien et dont ils sont porteurs seraient plus a craindre que celle d'un sincere reformard décomposé de la CGT ?
J'suis pas sûr d'avoir compris ce que tu voulais dire là.
la taupe
Messages: 404 Date d'inscription: 20/07/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Jeu 23 Fév - 20:42
bibichon a écrit:
Ce qui est remarquable chez des lecteurs comme toi, c'est de ne pas vouloir voir que la méthode qui guida ce rigolo de la théorie pour discuter du mouvement ouvrier est exactement celle qui le conduisi a assener que les chambres a gaz ne pouvaient pas exister, ceci par déterminisme historique
Effectivement je découple la partie analyse historique de la partie délire débile reviso. Je ne vois pas le lien de cohérence entre ces deux parties. Le déterminisme historique me parait être critiquable (et à critiquer) mais rationnel. Le négationnisme c'est au mieux un tissu de conneries, au pire un vrai trouble de la personnalité. Pour le coup, ce que tu dis de cette bande dans leur rapport à vouloir se distinguer de l'intelligentsia consacrée, me parait être plus plausible comme source de cet engouement provocant pour ces conneries.
Et j'ai jamais saisi au niveau rationnel, le saut que cette bande a fait d'un texte déterministe si il en est, mais aucunement négationniste puisqu'au contraire il reconnait la shoah comme l'arbre utilisé par l'idéologie bourgeoise pour cacher la forêt de crimes contre l'humanité qui anime le cours du capitalisme, comme le grand alibi. A mon sens ce saut d'une théorie rationnelle avec ses limites et lacunes, à la débilité négationniste ne se constitue pas sur un plan réflexif, mais plus probablement dans des effets de suivisme, de provo (comme tu en donne la piste)... Sur le plan de leur existence sociale, pas sur celui de la théorie.
(chais pas si je suis encore très clair, j'commence à fatigué...]
Eloipo
Messages: 270 Date d'inscription: 15/07/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Jeu 23 Fév - 22:41
ALLEZ VOUS FAIRE ENCULER BANDE D'INTELLOS DE MEEEEEEEERDE
loooooooooooool
Jules Bonnot
Messages: 744 Date d'inscription: 01/05/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Ven 24 Fév - 2:26
Albert FAU
Messages: 1400 Date d'inscription: 09/01/2012
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Ven 24 Fév - 17:34
dans la premiere bite y 'a un sens du détail assez "dévelloppé"
bibichon
Messages: 17 Date d'inscription: 08/10/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Mar 6 Mar - 22:31
Je reviens sur notre affaire après mon absence.
Tu écris : Pour ce qui est de 'cette bande', je ne les connais que par lectures. Et du coup, la question de savoir si je pourrais faire qql ch de manière pratique avec eux ne se pose pas de manière concrète pour moi. Mon rapport se limite à leur production papier et donc dans quelle mesure je peux y piquer des idées, analyses ou autres trucs pour informer les pratiques auxquelles je suis lié.
C'est justement ça être d'ultra gauche : discuterd es textes faits par d'autres ou produire des textes en vue les voir un jour discuter dèslors qu'on a franchi les échelons du non-militantisme. Dès lors qu'on a affaire à un milieu politique dont la particularité estd e considérer qu'il n'y a rien a faire si ce n'est veiller le mouvement réel d'une spontanéité qui va se montrer, que pourrais-tu faire de mieux pratiquement que c eque tu fais en ce moment ? A savoir discuter sur un forum. Car c'est bien le génie propre a l'ultra-gauche moderne : discuter du fait qu'il n'y a rien a faire devient l'activité politique adéquate.
Toute théorie révolutionnaire se mesure à sa capacité a produire des militants pour la porter et la mutualiser auprès des concernés.
Non. Une théorie révolutionnaire se mesure à sa capacité à produire une révolution. I.e. un processus généralisé où les exploités se transforment en un sujet révolutionnaire. On s'en contrefout de produire des militants et des orgas qui n'ont objectivement pas intérêt à un changement radical de l'ordre social, puisqu'il signifierait leur disparition en tant que telles.
Mais tu ecris aussi :
Tu me parles de renversement de ce monde d'exploitation, j'aimerai bien savoir avec qui ? Avec cette bande?...
De manière un peu facile, j'ai envie de te répondre avec tous ceux qui reconnaitront la nécessité de ce renversement et agiront en conséquence. J'aimerais bien le conjuguer au présent, mais j'ai l'impression que ce serait un peu à coté de la plaque par rapport à la situation sociale (ceci étant très difficile à juger, et j'ai pour ma part pas plus que des impressions...).
Agir avec un groupe pour le renversement ne sera jamais rien d'autre que de mutualiser une théorie. On peut toujours se gargariser de non-militantisme, mais construire un milieu a avec une théorie (ou une pratique) , c'est cela militer. Le baratin pro-situ a fait son lavage de cerveau pour inventer la lessive qui lave plus blanc que blanc en abolissant le vocabulaire qui ne vendait pas assez bien la radicalité, il n'en demeure pas moins que ces élaborations et le projet qui l'accompagne sont du militantisme...
Effectivement je découple la partie analyse historique de la partie délire débile reviso. Je ne vois pas le lien de cohérence entre ces deux parties. Le déterminisme historique me parait être critiquable (et à critiquer) mais rationnel. Le négationnisme c'est au mieux un tissu de conneries, au pire un vrai trouble de la personnalité. Pour le coup, ce que tu dis de cette bande dans leur rapport à vouloir se distinguer de l'intelligentsia consacrée, me parait être plus plausible comme source de cet engouement provocant pour ces conneries.
Tu ne vois pas le lien de cohérence, c'est bien là la question : il faut ouvrir les yeux pour voir meme si ça fait mal. Considérer que le projet révolutionnaire, un projet politique donc, se construit sans l'intervention d'une intention, d'une volonté mais en vertu de la conséquence naturelle des facteurs sociaux qui entre en contradiction et de rien d'autre revient à nier le role actif des hommes au profit d'un déterminisme. Dire que la solution finale dans le nazisme n'a pas existé du fait de l'absence d'intentionnalité dans les politiques fascistes du fait de la nécessité que portait le capitalisme dans ce contexte revient exactement au meme.
Pourquoi l'abolition du facteur intentionnel dans les production du nazisme et dans l'avènement du soulèvement communiste serait il une aberration dans un cas et un trait de génie dans l'autre ?
Parce que dans un cas il sert mes croyances et que dnas un autre il a participé a réduire la respectabilité du courant politique dont je suis un adepte !
L'escroquerie intellectuelle a porté sur deux sujets et a procédé d'une seule et meme méthode.
la taupe
Messages: 404 Date d'inscription: 20/07/2011
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Mer 7 Mar - 11:31
bibichon a écrit:
que pourrais-tu faire de mieux pratiquement que c eque tu fais en ce moment ? A savoir discuter sur un forum.
J'ai assez envie de te retourner la question : pourquoi porter contradiction ici, si tu pense que la discussion n'est pas partie-prenante de l'activité politique ? Pour le reste, j'ai déjà évoqué, sur d'autres topics, vaguement des choses que je peux faire irl comme on dit. (et je tiens à rester vague sur internet).
bibichon a écrit:
Agir avec un groupe pour le renversement ne sera jamais rien d'autre que de mutualiser une théorie. On peut toujours se gargariser de non-militantisme, mais construire un milieu a avec une théorie (ou une pratique) , c'est cela militer.
C'est probablement cela militer, et c'est une pratique que j'ai fuit et vers laquelle je ne retournerais pas. Mon activité collective dans le champ politique n'est pas de mutualiser une théorie, qui subsume le réel à sa grille de lecture et occulte tout ce qui en sort, et surtout d'office construit un porteur de théorie, le militant, et un rapport au monde, sa pratique, dans une figure de nouveau messie, ou d’apôtre prosélyte. La démarche à laquelle je participe - selon mes capacités, assez réduites à vrai dire - prend les choses dans l'autre sens. Nous ne sommes pas hors du monde (de ce monde), autrement dit nous cassons la barrière entre un 'nous' militant (y compris quand il se produit en situ ou tiqqunien non-militant - voir la coupure que fais l'Appel entre 'nous' et 'eux' pour exemple de militantisme repeint en post-situ) et un 'eux' des masses à mener (ou du peuple apathique, ou toute autre figure déterminée selon les diverses couleurs militantes). Au lieu de partir d'une théorie, nous partons de notre vécu. Et c'est à partir de cela, y compris 'les aveux' de faiblesse que s'interdisent les militants imprégnés de leur rôle héroïque, de la reconnaissance des oppressions dans leur matérialité sensible, que nous confrontons ce 'donné' à des outils théorique pour en saisir les dynamiques latentes - Pour poser un nom dessus, j'appelle ça une auto-enquête ouvrière, terme qui reste approximatif -. Et c'est là, qu'en voleur, je n'hésite pas à aller chercher des éléments dans différents corpus théoriques comme aides à cette démarche.
J'insiste un peu sur cette notion de voleur, parce que tu me taxe 'd'adepte' (plus bas) et c'est pas le cas. C'est une surinterprétation de ce que je dis, et d'ailleurs si tu lis le topic à propos du texte de Guillon Production et reproduction..., tu verra que je défends de la même façon un intérêt aux éléments théoriques de l'opéraïsme, intérêt qu'à mon sens GGblabli a aussi surinterprété en 'adepte'. C'est un peu marrant puisque, le retournement opéraïste du moteur de la lutte des classes dans l'initiative prolétarienne est pour ainsi dire l'antithèse du déterminisme économiciste. Ne pas voir la différence qu'il y a entre porter intérêt à des éléments théoriques, comme éléments du tissage dialectique d'un fil historique de la critique et de la contestation, et celui d'adepte, finit par produire une image passablement schizo de ma personne. Alors peut-être que je le suis, mais je prétend à une perspective de cohérence. Et là j'ai fortement le soupçon que c'est plutôt une projection typique de militant que de croire que poser cet intérêt, c'est forcément adhérer religieusement au contenu.
La pratique de voleur n'est, j'ai envie de dire évidemment, pas à proprement parler un choix. Je suis né programmé pour être exploité. C'est une prédestination sociale dont toute l'ingénierie sociale, l'ensemble des structures (juridiques et normatives) et la dynamique de l'exploitation rendent indépassable en leur sein. C'est plus qu'agaçant, c'est révoltant. D'où une inclination que j'ai eu à vouloir croire que le militantisme pouvait être un lieu d'émancipation de cette oppression. Avant de saisir qu'il n'en est qu'un espace de reproduction, d'autant plus morbide qu'il s'invisibilise comme tel (histoire de loup déguisé en grand-mère).
Cette pragmatique du voleur qui va, ou au moins tente de, piller les arsenaux bourgeois sans grande considération sur les us et coutumes qui permettent de maintenir les temples du capital culturel dans leur forme - à savoir ne pas forcément avoir un rapport religieux d'adhésion à tout élément théorique que l'on pique -, c'est très 'désagréable' pour les gardiens de ces temples - à savoir les intello et les militants (bien souvent universitaires ET militants). Cela leur apparait comme une sorte de manque de savoir-vivre que des gueux osent tenter de se réapproprier et manipuler les moyens de production dont ils ont charge de veiller à conserver le monopole. C'est pas vraiment qu'ils ont conscience de travailler à ce maintien de l'ordre, c'est plutôt quelque chose comme un savoir-faire incorporé, un habitus. En ceci, on ne peut pas vraiment les accuser d’intentionnellement travailler à l'oppression. Mais je dois dire que lorsque tu m'enferme dans la petite boite 'adepte', et que se faisant tu m'interdis la possibilité d'avoir un rapport critique au contenu théorique (UG en l’occurrence), il me semble que tu fais, probablement involontairement, ce travail de maintien d'un rapport institué aux savoirs et aux pratiques. Enfermer les réflexions critiques, historiquement situées dans le cours des luttes, dans des cases qui seraient hermétiques les unes aux autres, c'est s'interdire de tisser notre histoire, de créer un plan de perspective historique à l'antagonisme de classe. Tout l'habitus universitaire, et dans un autre style l'habitus militant, et porter à un niveau effarant dans le modus vivendi groupusculaire, travaille contre une telle réappropriation de notre histoire. Et c'est bien en définitive laisser au capital le monopole du moyen de production d'une subjectivité antagoniste que de s'interdire l'usage pragmatique des éléments de notre histoire. C'est pour ainsi dire leur laisser l'usage exclusif de ce que nous avons produit.
Et c'est contre ce tabou de l'intérêt que l'on se doit de porter à notre histoire, cet interdit reproduisant les structures de monopole, d'accès et en définitive de dominations qui nourrissent la dynamique d'exploitation, que j'affirme la nécessité d'une réappropriation par les exploités des éléments de leur histoire, leur libération critique contre l'enfermement dans les cellules dogmatiques construites.
Bon , c'est une tentative de préciser à un niveau pour ainsi dire 'meta' la logique pratique que je tente de suivre. Je poursuis sur les raisons spécifiques de l'intérêt que je vois à examiner des thèses UG plus tard. (j'ai besoin d'une pause café).
(J'espère qu'on arrive un peu à comprendre ce que je veux pointer comme démarche... en dépit de mes limites à exprimer clairement un processus en construction.)
il profesore
Messages: 1628 Date d'inscription: 26/11/2011 Age: 13
Sujet: Re: Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire Mer 7 Mar - 13:30
la taupe a la sagesse de l'éléphant
Critique de la forme-syndicat et limites de l’auto-organisation prolétaire